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« Prête moi ton grand bruit, ta grande allure si douce,
Ton glissement nocturne à travers l'Europe illuminée,
Ô train de luxe! et l'angoissante musique
Qui bruit le long des couloirs de cuir dorés,
Tandis que derrière les portes laquées, aux loquets de cuivre lourds,
Dorment les millionnaires... »
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« C'est depuis cette seconde que je t'ai aimé. Je sais que les femmes t'ont souvent dit ce mot, à toi leur enfant gâté. Mais crois moi, personne n'a aimé aussi fort, comme une esclave, comme un chien, avec autant de dévouement que cet être que j'étais alors et que pour toi je suis toujours restée. Rien sur la terre ne ressemble à l'amour inaperçue d'une enfant retirée dans l'ombre ; cet amour est si désinterressé, si humble, si soumis, si attentif et si passioné que jamais il ne pourra être égalé par l'amour fait de désir et malgrè tout exigeant d'une femme épanouie. (...) Tout ce qui montait et qui s'épanouissait dans mon être ne connaissait que toi, ne savait rêver que de toi et te prendre pour confident. (...) Aussi tout ce qui ailleurs ce partage et ce divise ne forma en moi qu'un bloc, et tout mon être, concentré en lui-même et toujours bouillonant d'une ardeur inquiète se tourna vers toi. Tu étais pour moi - comment dirais-je ? toute comparaison serait trop faible - tu étais précisément tout pour moi, toute ma vie. Rien n'éxistait dans la mesure où cela ce rapportait à toi ; rien de mon existence n'avait de sens que si cela me rapprochait de toi. Tu métamorphosa toute ma façon de vivre. »
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« Voilà. Je m'en vais. On vient me chercher. J'attends.
(...)
Je vais bien.
(...)
Quand je suis arrivée ici ça m'était aussi étranger que le bureau de poste.
Et puis l'histoire je l'ai montée de toutes pièces année par année.
Les espaces, c'est des corps mort où les gens amènent la respiration. Alors quand ils partent - avec tout l'air qu'ils laissent derrière eux - ils se sentent un peu asphyxiés. C'est normal.
J'ai peur de manquer d'air. Voilà. Parce que je pars.
Mais ça va. J'attends qu'on m'emmène. »
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« Malrgé cette faiblesse. Qui affaisse mon corps, je reprends dès le lever du jour mes marches de forçat. C'est aujourd'hui la seule chose que je sait faire. Je vais de République à Bastille, de Bastille à Denfert, de Denfert aux Invalides. Je marche pour éreinter mon être. Je marche pour m'anéantir, devenir mécanique, os & muscles. Je marche contre le désir qui me vient à tout instant de me coucher sur l'asphalte de tout mon long et d'y rester une fois pour toutes. J'arpente mon malheur. Il est vaste et se déplace. Je marche pour perdre son souvenir dans la foule mais son souvenir est partout dans la foule. Je crois reconnaître son manteau gris au bout de chaque rue, au fond de chaque place, et mon coeur saute dans ma tête à chaque fois. Depuis qu'elle m'a quitté, je n'ai pas croisé un regard. »
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